Neeskens
Label : Non signé
Pop Rock Folk
Fr. Annecy
L’instantané montre un jeune homme légèrement hagard, déphasé, comme suspendu entre deux instants, deux notes ou deux sommets, bien que l’on sente un tempérament bien trempé, comme l’on dirait d’une lame (ou d’une plume) particulièrement fine. Le regard est déterminé, ferme, et imperceptiblement interrogateur.
On l’imagine fraichement débarqué d’un bateau scientifique, un brise-glace par exemple, emmitouflé dans sa parka, débarquant sur la terre ferme après un voyage aux confins, apportant des bribes de vie qu’il lui faudra déchiffrer et traduire avant de les offrir au public.
De ces explorations d’un autre univers, Neeskens ramène des chansons aériennes mais étrangement telluriennes, des chansons d’un nomade équilibriste habitué à la rudesse des cimes et à la légèreté des cieux.
La double voyelle témoigne de son esprit voyageur. Natif de Groenlo, dans la province de Gueldre, fief des Habsbourg, province du Saint Empire Romain Germanique et des Pays-Bas Espagnols, puis des Provinces-Unies, Neeskens part à son tour découvrir le Nouveau Monde en débarquant au Canada, où la nature, l’anglais et le piano s’imposent à lui.
Les sirènes de l’Europe finissent par le rappeler, mais Neeskens n’en oublie pas les charmes de la neige, du froid et des labeurs, puisqu’on le retrouve finalement à Annecy, capitale de la Maison de Savoie, lieu d’art, de culture et d’efforts, où il a posé ses instruments, explorateur de contrées plus verticales ou plus intimes. L’empreinte du piano canadien s’enrichit de chants, de guitares, d’écriture, le tout façonné, buriné, par les éléments cristallins des Alpes, l’air, la terre, et parfois le feu.
Si la vie de Neeskens est un carrefour, sa musique l’est également. On y trouve un foisonnement de lieux, de vies, de couleurs. Des traces, des empreintes, des interrogations : la musique de Neeskens n’assène rien, ne tranche rien, mais elle émeut, légère bannière flottant dans la brise, point focal pour ceux qui l’aperçoivent et s’en approchent. Sa mélancolie est douce et réconfortante, protectrice, comme ont pu l’être les remparts de la ville de Groenlo qui ornent sa pochette.
Neeskens invoque dans le bouillonnement de son chaudron les ombres portées par d’autres créateurs solitaires, de Nick Drake à Elliott Smith, Andrew Bird ou Damien Rice, formant ainsi une confrérie d’artisans dont les sculptures mélodiques restent des phares, des points d’appui qui continueront longtemps à envoûter et soutenir les oiseaux de nuit attendant le moment de remettre le disque sur la platine.